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À l'étroit entre l'aéronautique et la robotique, les acteurs français du drone professionnel commencent à parler en tant que filière. Grâce à la forte expérience française dans le domaine aéronautique depuis plusieurs décennies et à des innovations prometteuses, l'écosystème national a vocation à devenir un leader à l'échelle européenne et mondiale à l'horizon 2030. Une telle filière aura tous les atouts pour défendre la souveraineté de la France sur l'enjeu majeur qu'est le drone. À condition qu'on lui donne une chance.

 

Dans un écosystème où l'État est un client majeur des dronistes et équipementiers, cette chance se traduit par des commandes. Malheureusement, dans de nombreux appels d'offres, les solutions choisies sont souvent l'achat de produits étrangers ou des solutions portées uniquement par les grands groupes. Un autre moyen d'aider la filière serait de soutenir ses projets d'envergure, mais là encore, le drone n'est pas clairement identifié dans le programme France 2030, plan d'investissement massif pour faire émerger les champions technologiques de demain et accompagner les transitions dans des secteurs d'excellence comme l'automobile, l'aéronautique ou encore l'espace.

 

Pourtant, si l'on souhaite vraiment une filière industrielle du drone qui soit leader, exportatrice, et génératrice d'emploi, il y a des solutions.

Une tribune proposée par Valentin Brossard, CEO de Hionos. ©Hionos

Une tribune proposée par Valentin Brossard, CEO de Hionos. ©Hionos

TRIBUNE -  L'industrie du drone est un enjeu majeur de souveraineté. Prenons soin de la filière française !

Et si l'État s'inspirait de l'Inde pour son écosystème drone ?

Les projets d'envergure nationale sont nécessaires pour structurer des filières. Si la France souhaite être leader d'une industrie du drone vectrice de souveraineté, il faut l'aider en lui confiant des projets majeurs, qui favoriseront l'innovation sur l'ensemble de la filière.

 

Par exemple, l'Inde a récemment interdit l'importation de drones pour toute une partie de son industrie. En forçant les acteurs locaux à acheter indien, elle favorise ses dronistes et l'émergence de leaders internationaux. Sans aller jusque-là, la France pourrait privilégier, dans une certaine mesure, les réponses françaises, ou européennes, sur un certain nombre d'appels d'offres.

 

La France sait faire !

Pourtant, dans d'autres secteurs, la France a prouvé qu'elle pouvait faire la course en tête quand elle en a la volonté. Prenons l'exemple de l'industrie spatiale.

 

Dans les années 50, la France a poussé plusieurs programmes (Véronique-AGI, la première fusée-sonde française, le satellite Astérix…) qui ont notamment donné naissance au CNES (Centre national d'études spatiales). La France était consciente de l'importance de ne pas se laisser déborder par les deux grandes puissances qu'étaient les États-Unis et l'URSS.

Dans les années 70, elle s'allie à d'autres acteurs européens pour continuer à jouer les premiers rôles avec le programme Ariane et la naissance de l'ESA (L'Agence spatiale européenne).

 

La France a donc su défendre sa souveraineté, en développant d'abord une industrie forte sur laquelle elle a pu s'appuyer avant de passer à l'échelle européenne. Le spatial lui a permis de briller à l'international et de développer des innovations qui par la suite ont profité à de nombreux autres secteurs.

 

L'ADIF : positionner la France dans les premiers acteurs mondiaux

Dans ce contexte, une question se pose : comment faire émerger les champions français du drone de demain ?

 

Pour avancer, les acteurs français se sont regroupés au sein de fédérations professionnelles représentatives de la filière drone française, comme l'ADIF (Association du drone de l'industrie française) qui compte maintenant près de trente membres. Cette association a pour vocation d'aider la filière française à se structurer. Son objectif premier est simple : permettre de révéler tout le potentiel économique du secteur avec pour ambition de positionner la France, d'ici 2030, dans les premiers acteurs mondiaux.

 

Pour cela, l'ADIF souhaite devenir un véritable organe de dialogue, à l'intérieur (entre industriels) et à l'extérieur (organismes publics, autorités politiques…) de la filière. Elle représente tout l'écosystème drone : du civil au militaire, en passant par les équipements et sous-équipements. Afin de privilégier la souveraineté de la filière, elle est uniquement ouverte aux acteurs qui conçoivent et produisent en France.

 

C'est un premier pas vers la reconnaissance de la filière du drone en France. Pour peser davantage, il sera nécessaire d'arriver à regrouper les différentes fédérations professionnelles qui coexistent aujourd'hui.

 

Le conflit ukrainien a mis en lumière l'importance et le rôle des drones pour la souveraineté d'une nation. On voit bien que le secteur militaire s'est emparé de la question, mais en réalité c'est toute une filière qui doit être impliquée. D'où l'absolue nécessité pour l'État d'accompagner les acteurs afin de les aider à se structurer. Cela passe nécessairement par la sollicitation de l'ensemble des acteurs en présence, PME comme grands groupes et par la confiance que les autorités peuvent leur fournir.

 

Valentin Brossard, CEO de Hionos

Tag(s) : #PASSIONAERO, #TRIBUNE, #DRONE, #HIONOS
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